Publié le mercredi 1 juillet 2015 | L`Observateur Paalga

Colonel de gendarmerie à la retraite, Souley Mohamed a été le premier directeur général de l’histoire de la Société nationale burkinabè d’hydrocarbures (SONABHY) qu’il a dirigé durant près de 9 ans. Aujourd’hui, l’homme qui a abord pris une disponibilité en 2000 avant d’aller à la retraite anticipée en 2004, gère sa ferme à Fada N’Gourma. A l’occasion du trentenaire de la SONABHY, Souley Mohamed a accepté faire un flashback sur les premiers pas de la nationale des hydrocarbures.

Vous avez été le tout-premier directeur général de la SONABHY à sa création en 1985 sous la révolution sankariste. Racontez-nous comment vous êtes arrivé à cette fonction.

La SONABHY a été créée en octobre 1985. C’est en fin octobre 1985 que le président Thomas Sankara m’a appelé pour me dire (j’étais alors chef du Cabinet militaire à la Présidence du Faso) qu’il a été créé une société pour mieux maîtriser le secteur des hydrocarbures liquides et gazeux ; secteur dont la facture était très importante.

J’ai été surpris, je l’avoue, quand il m’a dit qu’il souhaiterait que je mette en place cette société. Et je lui ai posé la question : “Camarade président, ne serait-il pas plus indiqué que l’on désigne un gestionnaire ?” Il a souri avant de me répondre : « Cette question m’a été posée à plusieurs reprises mais à ce stade, ce n’est pas nécessaire ; plus tard peut-être ». Car disait-il, il ne s’agit pas simplement de gestion, il s’agit de créer cette société et de réorganiser tout le secteur pétrolier au Burkina Faso. Il y a de gros enjeux et les intérêts sont énormes. Il va falloir prendre des décisions courageuses et imprimer de la rigueur dans la politique d’importation et de stockage des produits pétroliers.

Je suis resté dubitatif quelques secondes, mais le réflexe militaire étant vite revenu, j’ai dit « A vos ordres, Camarade Président “. Avant de quitter son bureau, il m’a donné un certain nombre d’instructions :

– « Je souhaiterais que l’on mette en place rapidement un stock de sécurité, me dit-il.

– concernant le gaz, je voudrais qu’on mette en place une stratégie pour vulgariser la consommation de gaz au Burkina Faso afin de lutter contre le déboisement et la déforestation ;

– le Burkina n’étant pas producteur de pétrole, il faudrait que la SONABHY apporte un appui spécial dans la recherche des énergies renouvelables »

Voilà donc comment a commencé pour moi « L’aventure SONABHY » si je puis m’exprimer ainsi.

Avec cette lettre de mission, comment avez-vous procédé ?

Pour commencer, il fallait voir et comprendre la situation dans laquelle évoluait le secteur des hydrocarbures. Au niveau du stockage, il y avait deux structures, la SEHBI (Société d’entreposage des hydrocarbures de Bingo) qui avait une capacité de stockage de 25 000 tonnes environ et la SEB (Société d’entreposage de Bobo) avec une capacité de 12 000 tonnes.

Pour ce qui est de l’approvisionnement du pays en produits pétroliers, il faut savoir que la quasi-totalité de nos importations se faisait à partir de l’ex-SIR (la Société ivoirienne de raffinage à Abidjan)

Les sociétés pétrolières de la place (Total, Mobil, BP, Shell) exprimaient leurs besoins auprès de leur société mère (Total-CI, Mobil-CI, BP-CI et Shell-CI) basée à Abidjan, lesquelles sociétés mères s’approvisionnaient auprès de la SIR.

Voilà résumé, comment se faisait l’importation des produits pétroliers et le stockage.

Permettez-moi de revenir au projet de constitution de la SONABHY. J’ai appelé le DG de la SEHBI, à l’époque M. Jean Sidibé, pour lui notifier la mission qui m’avait été confiée et mon intention de faire de la SEHBI le point de départ de la création de la SONABHY en y installant le siège ; tout en lui demandant de rester pour assurer les fonctions de Secrétaire général.

A côté de M. Sidibé, il y avait un technicien, M. Marius Sanou, rompu aux questions techniques d’exploitation que j’ai également maintenu. Je dois avouer que j’ai trouvé en ces deux personnes d’expérience un soutien inestimable pour débuter ma mission. C’est l’occasion pour moi de dire ma reconnaissance à M. Sidibé. Et M. Sanou n’étant plus de ce monde, je tiens à rendre hommage à sa mémoire.

Ainsi donc, avec ces deux collaborateurs, nous avons commencé à mettre en place l’organisation administrative de la société.

Par la suite, j’ai fait l’esquisse d’un logo pour la SONABHY qui a été peaufiné : le logo représente un cercle dans lequel se trouve une roue dentée symbole de la productivité des travailleurs ; dans la roue dentée, le nom de la société avec un grand S qui comportait dans son compartiment supérieur un bac symbole du stockage ; dans le compartiment inférieur un camion-citerne symbolisant l’importation et le transport ; et la barre centrale du S qui portait les couleurs du Burkina Faso.

Enfin nous avons convié les marketteurs (Shell, Total, BP, Mobil) à une réunion au cours de laquelle nous leur avons notifié la création de la SONABHY née d’une fusion de SEHBI et SEB ; ses missions et les conséquences sur l’importation et le stockage…

Nous les avons assurés sur le fait qu’il n’y a nullement une quelconque intention de nationalisation de la DISTRIBUTION. (La rumeur avait circulé dans ce sens).

Et en attendant que la SONABHY prenne le relais des importations, nous leur avons demandé de prendre des dispositions pour éviter toute rupture de stock de produits pétroliers et de nous rendre compte de toutes les opérations d’importation qu’ils font avec leur société mère à Abidjan.

Et quelles ont été les difficultés de bébé SONABHY ?

A vrai dire, dans cette phase de mise en place de la structure, on s’en est sorti sans problèmes majeurs.

C’est vrai que certains sceptiques n’y croyaient pas au début.

Ces mêmes personnes accordaient au maximum 1 an de vie ou nouveau-né.

Mais pour moi si vous voulez, la question fondamentale était : comment concilier les tâches organisationnelles de création de l’entreprise et l’objectif essentiel de la maîtrise des importations et du stockage.

En résumé, comment faire passer, vite et sans heurt, bébé SONABHY de l’enfance à l’âge adulte pour la défense des intérêts du Burkina Faso ?

Et vous comprendrez dans ce qui suit qu’il n’y avait vraiment pas de temps à perdre.

Quelle a été l’attitude des distributeurs qui déjà étaient sur le terrain par rapport à l’instauration du monopole en faveur de la SONABHY ?

Il y a eu certes des mécontentements, mais force devant rester à l’expression de la souveraineté nationale et dans la mesure où nous ne touchions pas à la DISTRIBUTION, ils ont fini par adhérer et je dois reconnaître qu’ils ont joué pleinement leur rôle.

Dites-nous quelles ont été vos difficultés au niveau de l’approvisionnement et des prix des produits pétroliers ?

Avec mes deux collaborateurs, nous avons sondé les prix des produits pétroliers sur le marché international ; la différence avec les prix pratiqués par la SIR à l’époque était monumentale ; alors que le prix SIR était de 120F le litre environ, celui du marché international était à moins de 60F le litre rendu à l’un des ports ouest-africains (Abidjan- Lomé- Cotonou- Tèma).

Une mission à Abidjan auprès de la SIR m’a permis de présenter la SONABHY et ses missions. A cette occasion, j’ai évoqué la question des prix et demandé que ces prix soient revus à la baisse. Il m’a été répondu que cela n’était pas envisageable. Le refus était catégorique. J’ai pris contact avec des sociétés disposant d’unité de stockage portuaire. C’est ainsi que j’ai rencontré le Directeur Général de la GESTOCI (Société de gestion des stocks de Côte d’Ivoire).

Je lui ai fait part de notre volonté d’importer les produits pétroliers sur le marché international via le port d’Abidjan et la GESTOCI. Il a marqué son accord, et s’est dit prêt à tout moment à recevoir nos produits, tout en précisant les conditions. De retour à OUAGA, nous avons lancé un 1er appel d’offres international d’environ 30 000 tonnes avec mise en place d’une commission de dépouillement comprenant la SONABHY et les différents ministères concernés.

Il y a lieu de rappeler qu’à l’époque (86-87) les besoins du Burkina s’élevaient à environ 35 000 tonnes par trimestre en moyenne.

Le 1er adjudicataire à l’issue du dépouillement de l’appel d’offres était une société brésilienne, PETROBRAS, qui travaillait beaucoup avec les pays de l’Afrique de l’Ouest. L’opération se réalisa via le port d’Abidjan et la GESTOCI.

Et le transfert par wagons-citernes de la RAN au Burkina. Cette première opération a été une réussite totale avec, cerise sur le gâteau, un gain net sur importation de plus de 1 milliard 500 millions.

Nos pourfendeurs locaux avaient provisoirement le bec cloué.

Provisoirement parce que, au lendemain de cette opération, “coup de théâtre” : la GESTOCI nous appelle pour nous informer qu’ayant été accusée de porter atteinte aux intérêts de la SIR, elle a été sommée d’arrêter ; donc elle ne pourra plus renouveler l’opération avec la SONABHY.

En résumé : non seulement nous ne pourrons pas avoir des prix compétitifs avec la SIR, mais, plus grave, nous ne pouvons même pas faire transiter nos produits par le port d’Abidjan.

Devant une telle situation, j’ai demandé et obtenu une audience auprès du ministre ivoirien de l’Energie de l’époque. Aux âmes sensibles aux obligations et autres formalités protocolaires, je voudrais préciser que j’avais reçu autorisation de qui de droit pour mener toute action visant à défendre les intérêts du Burkina Faso dans le secteur pétrolier.

Bref, j’ai donc été bien reçu par le ministre de l’Energie de Côte d’Ivoire, et je l’ai informé de la volonté du BF de mieux maîtriser la politique d’importation et de stockage des produits pétroliers, et ce, pour réduire la facture pétrolière déjà très lourde. C’est à cet effet qu’a été créée la SONABHY dont je suis le Directeur général.

L’audience avait aussi pour objectif de solliciter son soutien pour l’autorisation de stockage de nos produits pétroliers (importés sur le marché International) dans les unités de stockage de la GESTOCI.

Très courtoisement, le ministre m’a remercié pour cette démarche et m’a conseillé de revoir la SIR pour discuter car, avait-il dit, l’excellence des relations fraternelles qui unissent nos deux pays permettra, il en était sûr, de trouver une solution. En langage clair, vous comprenez ce que cela veut dire.

C’est à la sortie que le message clair 5/5 ‘a été donné par le biais d’un conseiller du ministre. «Il sera difficile, M. le DG, d’accéder à votre requête car ce serait porter atteinte aux intérêts de la SIR, sans oublier que d’autres pays pourraient demander les mêmes faveurs ; vous êtes donc obligés de repasser par la SIR».

Alors là, je n’ai pas pu m’empêcher de lui transmettre en retour mon message clair : “M. le conseiller, la SIR est catégorique, aucune révision de prix n’est envisageable ; et si en plus nous ne pouvons pas faire passer nos produits par les stockages portuaires d’Abidjan, alors nous serons dans l’obligation d’assumer nos responsabilités”.

– Ah bon, et comment ? dit-il

– Vous le saurez bientôt, répondis-je en sortant des locaux du ministère.

Il faut savoir qu’à l’époque il était inimaginable pour certains (même chez nous au Burkina) que l’on puisse s’approvisionner en produits pétroliers ailleurs qu’à la SIR.

C’est à peine si je n’étais pas considéré comme un “extra terrestre” et pour d’autres j’étais un « jeune capitaine prétentieux »

De retour au Burkina, j’ai convoqué une réunion avec mes deux collaborateurs pour leur faire la synthèse de mes démarches et leur dire mes intentions : prendre rapidement contact avec les responsables des sociétés de stockage des produits pétroliers du Togo, du Bénin et du Ghana en vue de concrétiser des accords de passage de nos produits (issus du marché international) dans leur unités de stockage.

Il convient de dire qu’au préalable, je les avais mandatés de prendre contact avec la STSL (société togolaise de stockage), la STE (Société togolaise d’entreposage de Lomé), SONACOP (Bénin), GHAIP (Ghana) dans la perspective de transiter par ces ports et leurs infrastructures portuaires de stockage.

Les autorités de toutes ces structures avaient montré leur disponibilité à accueillir, à tout moment, les produits à destination du Burkina.

Les accords conclus, nous avons lancé le 2e appel d’offres international sur Lomé et la STSL pour 30 000 tonnes.

L’opération s’est déroulée correctement ; la seule différence c’est que le transport se fait par camion-citerne alors que sur l’axe Abidjan c’était la voie ferrée.

C’est ainsi donc que nous avons pris la décision d’arrêter toute importation de carburant en provenance de la SIR.

Le bras de fer SIR – SONABHY venait de commencer.

L’information a été transmise à tous nos partenaires privés comme publics.

Tollé général. Cette décision a été qualifiée de suicidaire pour notre économie.

L’onde de choc créée par cette décision était tellement forte que ses effets sont parvenus à la Présidence du Faso.

A la faveur d’une réunion du CNR (dans les jours qui ont suivi) le Président Sankara me lança en plaisantant « Toi, on dirait que tu as une patate chaude entre les mains ». Je lui répondis « Camarade Président, everything is under control » La situation est maîtrisée. «Eh bien tant mieux», a-t-il répondu.

Le lendemain, je lui ai transmis une fiche synthèse de nos activités sur laquelle il fit l’annotation suivante : «Vu : Bravo et courage».

C’est ainsi que débutèrent donc nos importations via Lomé (STSL), via le Bénin (SONACOP). Et le gaz au Ghana qui y coûtait 75 000 F la tonne contre 140 000 à la SIR.

Le Burkina est certes un pays enclavé ; cependant, en exploitant rationnellement les différents ports qui nous entourent et en y suscitant la concurrence, on peut arriver à atténuer les effets néfastes de notre enclavement.

C’est la stratégie que nous avons appliquée pour nos approvisionnements pendant 18 mois de bras de fer entre la SONABHY et la SIR. Mais à quelque chose malheur est bon, dit-on ; cela nous a permis de nous rendre compte de l’impérieuse nécessité de diversifier nos sources d’approvisionnement car si un problème quelconque de quelque origine ou cause que ce soit arrivait sur un axe ou sur une source d’approvisionnement, il y aurait immédiatement, des solutions.

Pour clore ce chapitre des prix et des approvisionnements, je voudrais apporter les informations suivantes :

– La SONABHY a été désignée en 1987, si ma mémoire est bonne, pour représenter l’Etat burkinabè au Conseil d’administration de la SIR en remplacement de la CGP.

– Je tiens à préciser (comme je l’ai fait lors d’un conseil d’administration de la SIR à l’époque) qu’aucune motivation d’ordre politique ne nous animait lorsque nous prenions la décision d’arrêter les importations avec la SIR ; nous n’avions reçu aucune instruction à caractère politique non plus.

La seule considération qui prévalait était simplement et purement d’ordre économique et commercial.

Chacun de nous (SONABHY et SIR) défendait ses intérêts et ceux de nos pays respectifs. Il est bon de le préciser, car cela avait suscité des interprétations dans ce sens.

Du reste et par la suite, plusieurs administrateurs à la SIR avaient reconnu le bien-fondé de notre décision et avaient demandé à la SIR de réviser les prix pour reprendre les relations commerciales avec le Burkina.

– Face au nombre important de camions-citernes commis au transport de carburant et pour éviter tout conflit entre transporteurs nous avons instauré le principe du FIFO (First in – First out (premier rentré – premier sorti) dans les dépôts de Bingo et Bobo.

– La situation qui avait prévalu (le bras de fer) avait fait une « victime collatérale », la RAN qui, pendant 18 mois, n’a transporté aucune goutte de carburant entre Abidjan et Ouaga. J’en étais certes désolé, mais on ne peut malheureusement pas faire des omelettes sans casser les œufs.

– Les faits datant d’environ 30 ans, pour plus de précisions sur certaines dates et certains chiffres, il est préférable de s’adresser à la source, les archives de la SONABHY.

– Enfin le happy-end de notre histoire : 18 mois après, la SIR a aligné ses prix sur ceux du marché international et nous a approchés pour reprendre les relations commerciales ; nous avons marqué notre accord en précisant cependant qu’ayant désormais opté pour une stratégie de diversification de nos sources d’approvisionnement, nous ne pourrions plus nous appro

visionner à 100% à la SIR.

Et c’est ce cap que nous avons maintenu contre vents et marées jusqu’à mon départ de la SONABHY en avril 1994.

Avec une telle odyssée, la société a-t-elle rapidement été rentable ?

A cette époque nous faisions un bénéfice net d’1 milliard 200 millions à 1 milliard 500 millions. Nous avons réalisé un fonds de stock de sécurité en moins de 5 ans de près de 5 milliards de francs placés en banque (DAT) ; sans compter un stock physique de sécurité en produits pétroliers de 45 jours. Enfin, nous dégagions, bon an mal an, entre 7 à 10 milliards de francs sur les seuls postes (de la structure des prix) « gains sur importations » et « péréquation » (taxes douanières et autres non compris).

Les gains sur importation étaient reversés au Trésor public (1 milliard 500 à 2 milliards) ; la « Péréquation » était destinée à la CGP pour pouvoir intervenir en cas de hausse brutale des prix des produits pétroliers.

Voilà. Et c’est cela qui m’avait amené à déclarer lors d’une cérémonie en 1991 que : si la SONABHY n’existait pas, il aurait fallu la créer.

Selon vous, faut-il libéraliser le secteur ou conserver le monopole de la SONABHY ?

A la lumière de l’historique que je vous ai fait et des informations relatives à la rentabilité, vous comprendrez aisément que je sois un ardent défenseur du monopole de la SONABHY.

Mais, je reconnais que c’est une question qui a fait couler beaucoup d’encre et de salive, et ce, depuis les années 1993-1994.

Lorsqu’en 1993, le vent, pour ne pas dire la tempête de la libéralisation, avait commencé à souffler sur la SONABHY, Programme d’ajustement structurel (PAS) oblige, je m’y étais opposé en présentant des arguments irréfutables aux experts de la Banque mondiale ; et il y avait de quoi convaincre.

La maîtrise du secteur pétrolier était évidente et notoirement connue et appréciée. Une institution internationale crédible (voir les archives de la SONABHY) avait même adressé un SATISFECIT à la SONABHY pour son « exemple réussi de gestion du secteur pétrolier dans la sous-région ouest-africaine ».

Un document que je me suis fait le plaisir de brandir devant les experts de la Banque mondiale.

Dans le cadre du PAS (Programme d’ajustement structurel) la structure des prix des produits pétroliers a été révisée.

La SONABHY a perdu le poste stock de sécurité malgré toutes nos explications sur le bien-fondé du maintien de ce stock de sécurité. Pour ne pas tout perdre et hypothéquer la stratégie de mise en place du stock de sécurité, nous nous sommes battus pour en préserver une partie soit 3F/litre sur 5F20/litre environ, pour renforcer le poste frais SONABHY.

Au ministère du Commerce, de l’Industrie et des Mines où j’ai été nommé en avril 1994, j’étais de ceux qui étaient réticents à la libéralisation ou à la privatisation de certains secteurs à caractère stratégique comme la SONABHY, la SONABEL et l’ONEA.

Aujourd’hui encore, je reste dans la même logique.

Mais revenons au cas SONABHY. Que ferait-on du capital d’expérience acquis (de know-how comme diraient les anglophones) dans un secteur aussi délicat que stratégique ?

On sait « d’où vient la SONABHY » ; veut-on retomber dans les travers des années 60 à 85 ? Période durant laquelle l’Etat ne maîtrisait pas grand-chose et se faisait « saigner financièrement ». Voyez-vous, l’historique que je viens de vous faire sur la SONABHY et les informations relatives à sa rentabilité à l’époque, n’ont pas pour objectif de recevoir des lauriers, (nous n’avons fait qu’accomplir notre devoir) ; mais plutôt pour en faire l’illustration.

Certains proposent la libéralisation de l’importation en laissant l’exclusivité du stockage à la SONABHY qui y a mal aujourd’hui…

Cela reviendrait à la même chose, ce serait couper la branche sur laquelle la SONABHY (défenseur des intérêts de l’Etat) est assise.

En effet, qui peut garantir que les importateurs privés stockeront leurs produits à Bingo par exemple, puisqu’il y aura des frais de stockage ?

De quelles statistiques fiables disposerons-nous pour maîtriser ou apprécier les volumes de produits réellement importés ?

De nos jours de nombreuses sociétés ou entreprises privées, confrontées aux importations illicites, et donc à une concurrence déloyale, courent le risque de mettre la clé sous le paillasson ; alors qu’elles créent des emplois et de la valeur ajoutée. C’est la preuve que nous avons du mal à contrôler ce qui rentre et cela pour moult raisons.

Par ailleurs, et s’agissant du stock de sécurité, pour certains opérateurs privés, constituer un stock sécurité, cela correspond à une immobilisation financière. Dans un pays enclavé comme le nôtre, l’Etat peut-il adhérer à une telle conception des choses ? Sans oublier que s’il n’y a pas de stockage conséquent, on aura dépensé des milliards et des milliards pour construire des bacs de stockage à Bingo, Bobo et Péni pour rien.

Enfin, la qualité des produits pétroliers répond à des normes spécifiques et techniques. Pourra-t-on nous garantir la qualité des produits qui entrent de manière fiable ? L’avantage de la SONABHY c’est qu’on sait d’où ça vient et où ça rentre.

Les chantres occidentaux de la libéralisation ou de la privatisation disposent, chez eux, de plus de moyens techniques et humains pour un meilleur contrôle et de meilleures statistiques. Ce n’est pas encore le cas au Burkina. Donc, qu’on ne nous impose pas systématiquement ce qui se fait là-bas. Allons par étapes, s’il vous plaît ! Sans oublier que de nos jours parler de rigueur paraît anachronique et l’auteur d’un tel propos peut-être traité “d’Etre préhistorique”.

Voilà messieurs, c’est autant de questions qui me font dire aujourd’hui encore que “si la SONABHY n’existait pas, il aurait fallu la créer”.

Vous me dites que la SONABHY va mal, mais ce n’est pas en libéralisant qu’on va résoudre le problème.

Si la SONABHY va mal, il faut avoir le courage de diagnostiquer le mal, et le courage de traiter le mal à sa racine.

En tant que premier DG de la SONABHY, quel est votre message à l’occasion des 30 ans de cette société ?

Des hommes dont on a très peu parlé ont eux aussi apporté leur contribution à la création de la SONABHY. Il s’agit de M. Barry Djibrina qui était chef du département ECOFI (Economie-Finances) à la Présidence du Faso en 1985, qui a piloté la structure technique ayant élaboré le dossier SONABHY.

Il s’agit aussi du regretté Patoin Emile Gansoré qui, avec le BUMIGEB, a été l’initiateur de la SEHBI, donc du dépôt de Bingo.

Chers travailleurs de la SONABHY, permettez que je dise, en votre nom, ma reconnaissance à l’un et que je rende hommage à la mémoire de l’autre.

Je voudrais dire merci aux dirigeants de la SONABHY pour la distinction honorifique reçue lors du dîner de gala.

Cette distinction honorifique je la dédie à tous ces hommes, femmes qui m’ont soutenu (pendant les 8 ans et demi) et sans lesquels je n’aurais pas pu accomplir la mission qui m’avait été confiée.

Merci donc à Jean Sidibé dit SG, hommage à Marius Sanou dit APOT. Merci à Issaka dit AFICOM, à Dominique-Sampo- Hilaire-Wiminga-Simandé… Merci à tous les travailleurs de la SONABHY. I bark zaamin.

Ainsi donc la « Belle dame » a 30 ans. Par ces temps difficiles, elle a dû prendre quelques rides. Que le Tout-Puissant fasse que ces rides s’effacent le plus vite, afin qu’elle devienne encore plus belle. Pour le bien de toute la Nation et de tous ses travailleurs.

Joyeux anniversaire ! Bon vent !

Propos recueillis par

San Evariste Barro