Bouteilles de gaz butane sans bouchons de capsules d’inviolabilité, gaz sans odeur… De nombreux consommateurs ont, certainement, constaté ces changements ces derniers temps. Explications de la situation et promesse d’un retour à la normale par le directeur du département d’exploitation de la SONABHY (Société nationale burkinabè des hydrocarbures), Hilaire Kaboré, dans cette interview que nous a accordé le 18 décembre 2013.

Hilaire Kaboré

Hilaire Kaboré, directeur d’exploitation de la SONABHY

Depuis un certain temps, on rencontre sur le marché des bouteilles de gaz sans bouchon. Comment expliquez-vous cette situation ?

Effectivement, depuis un certain temps, nous mettons sur le marché des bouteilles qui n’ont pas de capsules d’inviolabilité. C’est une difficulté d’approvisionnement. Le circuit d’achat est assez complexe. Avec la formule que nous utilisons actuellement pour les achats, nous avons de moins en moins accès aux fabricants parce que nous procédons par des appels d’offres et les fournisseurs de matériels très spécifiques n’ont pas tellement l’habitude de ces circuits de vente-là. Ils ne prennent pas eux-mêmes part à nos appels d’offres. Donc, en général, on se retrouve avec des intermédiaires qui vont ensuite chercher le matériel pour nous. Cela crée quelques perturbations dans notre approvisionnement. Ce sont des situations que nous avons déjà expliqué à l’autorité qui nous accorde désormais des possibilités de dérogations pour pouvoir accéder à ces matériels.

En ce qui concerne particulièrement les capsules d’inviolabilité (bouchons), nous avions un contrat avec un fournisseur local d’un pays voisin qui, lui, se réapprovisionne donc pour nous livrer. Outre ça, il y avait même d’autres fournitures dont il a la charge. Et, il y a eu quelques loupées dans la gestion du contrat. Avec tout le délai de reprise nécessaire, on a épuisé tout le stock de bouchons que nous avions. Nous avons pris des dispositions pour contourner cette difficulté en attendant que le fournisseur puisse livrer son prochain lot. Donc, nous attendons incessamment la livraison de bouchons par un autre fournisseur juste pour classer cette difficulté en attendant que le fournisseur puisse nous livrer. C’est purement une difficulté d’approvisionnement qui est à la base de l’absence de l’absence de ces bouchons.

Quelle est l’importance de ces bouchons de capsules d’inviolabilité pour le consommateur ?

Ces bouchons de capsules d’inviolabilité sont là pour assurer le consommateur que personne n’a utilisé la bouteille avant lui. C’est l’objet de l’utilisation de ces capsules. C’est assez curieux d’ailleurs que la mémoire collective ait déjà oublié que les bouteilles étaient commercialisées sans ces capsules, il n’y a pas si longtemps.

La capsule d’inviolabilité est apposée pour que si vous receviez la bouteille chez vous, et que vous vous aperceviez qu’elle n’a plus de capsule, que vous puissiez suspecter que cette bouteille a été utilisée avant d’arriver chez vous. Surtout pour les petites bouteilles, on a connu, peut-être pas à des échelles trop élevées au Burkina, mais dans d’autres pays que les vendeurs eux-mêmes utilisent les bouteilles pour des petits besoins et les replacent dans le lot de vente. Ces capsules d’inviolabilité étaient la preuve que les bouteilles n’ont pas été utilisées. C’est le lieu pour nous excuser vraiment auprès des consommateurs du désagrément parce que c’est vraiment un confort qui les manque aujourd’hui de pouvoir être sûr qu’ils achètent les bouteilles telles qu’elles ont été remplies par nos centres remplisseurs. Nous les rassurons que tout est mis en œuvre pour un retour à la normale au plus vite. Nous pensons, ce retour, si nous ne l’avons pas à la fin de ce mois de décembre, ce sera autour des premiers jours de janvier.

Ces bouteilles sans bouchons sont-elles réellement étanches et sécurisées pour le consommateur ?

Il faudrait qu’on puisse rassurer les consommateurs que ça n’a aucunement rien à voir avec l’étanchéité des bouteilles. L’étanchéité des bouteilles est assurée par les clapets ou par les robinets selon le type de bouteille que l’on a. Après remplissage des bouteilles dans nos centres, l’étanchéité des bouteilles est effectivement testée avec des équipements adéquats pour nous apercevoir s’il y a des problèmes de fuite de gaz. Si les bouteilles ne sont pas étanches, elles sont retirées du circuit, entretenues, avant d’être rechargées et remises dans le circuit de distribution. Nous sommes bien équipés pour nous rassurer que les bouteilles qui quittent nos centres sont des bouteilles qui sont étanches et qui ne présentent aucune fuite. On a même des réglages assez bas qui font que quelques fois, nos partenaires de la distribution se plaignent de la charge de l’emplacement de ces robinets et clapets parce qu’à la moindre fuite, nous arrêtons les bouteilles, nous vidons le gaz qui est dedans, nous remplaçons l’organe défectueux avant de remettre du gaz dedans.

Sur cette question, nous sommes formels. Le bouchon ne change absolument rien à cette situation d’étanchéité des bouteilles. L’étanchéité des bouteilles est garantie par les clapets ou les robinets et nous nous efforçons au moment du chargement des bouteilles de nous assurer que ces organes-là sont en bon état, qu’il n’y a aucune fuite détectable avant que les bouteilles ne soient mises sur le marché.

Mais qu’en est-il de la quantité ?

Sur la quantité, du moment où nous n’avons pas posé la capsule d’inviolabilité, on peut polémiquer sur le fait que la bouteille peut être utilisée avant d’arriver chez le consommateur final. C’était pour éviter cette situation que nous apposions ces capsules qui coûtent d’ailleurs extrêmement chères. Mais, nous tenions à ce confort des consommateurs et nous osons espérer que nos partenaires de la distribution qui sont des professionnels ne vont pas permettre à leurs réseaux de distribution de toucher à ces bouteilles-là, pendant ce laps de temps d’indisponibilité de capsules d’inviolabilité. Nous pensons que les consommateurs peuvent faire confiance à leur circuit d’approvisionnement pour avoir des bouteilles avec le gaz tel que chargé au départ de nos centres remplisseurs.

Et, quelles explications donnez-vous à la présence de gaz inodores sur le marché national depuis un certain temps ?

Les gaz inodores n’ont rien à voir avec les bouteilles, c’est le gaz lui-même. Le gaz butane qui est commercialisé dans notre pays, c’est ce qu’on appelle le butane. Le butane commercial a deux principales sources de fourniture. Il y a le gaz qui vient des raffineries et il y a le gaz qui vient de traitement fait à partir du gaz naturel. Dans tous les deux cas, le butane en lui-même n’a pas d’odeur. L’odeur très perceptible qu’on a du gaz est quelque chose qui est volontairement ajouté pour faciliter la détection des fuites de gaz. C’est un produit un peu soufré qui s’appelle le mercata qui est rajouté pour permettre qu’on puisse rapidement sentir le gaz. Le gaz qui est produit dans les raffineries, c’est de l’ordre du tiers du gaz disponible sur les marchés pétroliers. Et les raffineries sont généralement très outillées pour rajouter le mercata. Il reste l’autre grande proportion qui est produit à partir des champs de gaz naturel où c’est vraiment à la volonté qu’il faut mettre parce qu’il faut aussi savoir qu’il y a du gaz qui ne va pas dans les cuisines, qui va dans d’autres usages où on ne souhaite pas avoir cette odeur que nous, nous réclamons en ce moment.

Depuis un certain temps, le fournisseur quasi exclusif de l’Afrique de l’Ouest (Benin, Ghana, Côte d’Ivoire, Sénégal, Burkina…) nous apporte du gaz auquel on n’a pas rajouté ce mercata. Ça déstabilise toute la sous-région. Tout le monde actuellement s’adresse à lui pour qu’il rétablisse très rapidement la situation parce que les installations de stockage que nous avons ne sont pas outillées pour rajouter par nous-mêmes cette odeur. En ce moment, toutes les installations étaient conçues pour recevoir du gaz qui a déjà cette odeur. Donc, c’est ce qui justifie que ça peine un peu à revenir. Si c’est une situation qui devrait perdurer, nous pourrons éventuellement faire les adaptations nécessaires. Mais nous avons en tout cas des promesses de nos fournisseurs que la pression est mise sur le fournisseur principal pour que le mercata soit rajouté au gaz qui est livré dans notre sous-région.

On peut comprendre peut-être qu’ils avaient acquis du gaz qui n’avait pas cette odeur ou qu’ils ont une partie qui est à livrer à des industries ou qu’ils ont affaire à des navires qui ne souhaitent pas avoir la trace de cette odeur. Mais, il nous appartient de traduire l’importance de cette odeur pour nos consommateurs et d’exiger pour que cette odeur puisse être rétablie. Et nous voulons, à ce niveau, rassurer les consommateurs que la requête a été très fortement transmise à nos fournisseurs pour un retour très rapide à la normale. Je n’ose pas apporter de date parce que la chaine est relativement longue, nous n’avons pas accès nous-mêmes au fournisseur initial. Donc, je ne voudrais pas prendre d’engagements que nous n’allons pas tenir, mais nous continuons d’exiger la normalisation de cette situation. Nous continuons aussi d’être rassuré par nos fournisseurs que la situation va se normaliser. Nous travaillons à ce que cela arrive le plus vite.

Alors, sans cette odeur, que doit faire le consommateur pour s’assurer qu’il n’y a pas de fuite de gaz qui pourrait l’exposer à des risques ?

C’était l’objet de notre communiqué dès que nous nous sommes aperçus que le gaz n’avait pas l’odeur caractéristique habituelle. Nous avons invité les consommateurs à beaucoup plus de vigilance. Ce sont des comportements qui sont requis à tout moment, mais nous les exhortons davantage aujourd’hui à y veiller parce qu’il manque cette opportunité supplémentaire de savoir s’il y a des fuites. Nous recommandons fortement de s’assurer que la bouteille est bien fermée après utilisation, que le matériel de cuisine est fermé pour éviter qu’il y ait des possibilités de fuite de gaz. Ces dispositions sont à observer à tout moment, que ce soit avec du gaz inodore au avec du gaz qui a l’odeur caractéristique. Surtout, en ce moment particulier où la détection de la fuite est beaucoup plus difficile.

On a connu par moment des ruptures de gaz, peut-on dire qu’aujourd’hui le gaz est disponible et accessible pour le consommateur ?

Nous mettons tout en œuvre pour nous assurer de la disponibilité du gaz en permanence. Nous avons pu passer la saison hivernale sans gros dommage. Il n’y a pas eu de tension de gaz cette année. Nous n’avons pas connu non plus de tension pendant le mois de carême musulman et nous continuons de mettre en œuvre tout ce qui possible pour qu’il n’y ait pas une tension de gaz en cette période de froid, une période de forte consommation de gaz. En tous cas, le circuit d’approvisionnement est assez maîtrisé et nous pensons que, si aucun couac inattendu n’intervient dans notre mécanisme, le consommateur ne devrait pas connaitre une quelconque perturbation dans son approvisionnement.

Par moment, le gaz était là mais la mise en bouteille n’était pas conséquente. Maintenant, nous nous sommes aussi améliorés au niveau de la mise en bouteille. Nous nous sommes améliorés à ce niveau en rajoutant des équipements et nous avons encore de grands projets d’investissements, en particulier au dépôt de Bingo, nous voulons installer un 2e centre remplisseur. Donc, nous entendons doubler d’ici à la fin de l’année 2014 notre capacité de chargement pour la zone de Ouagadougou. Pour la zone de Bobo, nous sommes en plein projet de délocalisation. Et, nous commençons la construction du nouveau dépôt par le gaz. L’appel d’offre pour la construction de cette partie de notre projet est déjà en publication dans les revues des marchés publics. Donc, nous serons également à partir de 2014 en chantier. Normalement, la zone de l’Ouest, à partir de 2015, devrait être à l’abri de tout ce qui est faiblesse de capacité de stockage et faiblesse de capacité de chargement. La SONABHY a planifié un ensemble d’investissements pour accompagner cette croissance de la consommation du gaz qui est une croissance souhaitée par notre autorité. La SONABHY se doit d’être à la hauteur des attentes des consommateurs. Nous voulons saluer et dire merci à nos consommateurs qui nous font confiance et les assurer que tout est mis en œuvre pour que leur fourniture soit régulière et à leur satisfaction.

Vos problèmes de trésorerie ont-ils été aplanis, à présent, avec la « légère » hausse du prix du gaz au consommateur en avril dernier ?

Si on reste sur le gaz spécifiquement, il faut qu’on leur rappelle que la légère hausse du prix du gaz a été opérée pour atténuer l’effort demandé à l’Etat en termes de subvention. Ce n’est pas une hausse qui est répercutée sur le prix pratiqué par la SONABHY. De façon assez simplifiée, si la SONABHY vend un kilogramme de gaz, il y a une partie qui est payée par le consommateur et l’autre partie est payée par l’Etat burkinabè. La part qui est payée par l’Etat burkinabè, au fur et à mesure que la consommation du gaz monte, atteint des proportions relativement très élevées, qui finissait par faire que les paiements arrivaient très en retard. Ce qui aussi créait des difficultés de trésorerie pour la SONABHY. L’Etat a réajusté son effort. En principe, ça devait lui permettre de faire un peu plus facilement face à sa part de contribution. Mais, il faut aussi avouer que l’augmentation n’a pas été de nature à ramener la subvention aux proportions que nous imaginons parce que la consommation continue, elle, de croitre à des niveaux assez élevés. Il faut compter au moins 20% l’an pour les bouteilles les plus subventionnées, c’est-à-dire les petites bouteilles. Pour ces bouteilles, le taux de croissance annuelle est assez élevé si bien que le petit recul de l’Etat est rapidement rattrapé par l’augmentation du volume de consommation.

De façon globale, en avril 2013, il y a eu un léger ajustement sur les autres produits aussi parce que c’est l’ensemble de tout ça qui fait des problèmes de trésorerie de la SONABHY. On n’est pas encore guéri, on est peut-être un peu moins malade mais c’est vrai qu’au regard des prix au niveau international et de la volonté du gouvernement de contenir les prix à des proportions supportables par les citoyens, il y a des efforts qui sont attendus de toutes parts et qui effectivement se traduisent aussi par des difficultés de trésorerie pour la SONABHY. L’essentiel pour la SONABHY, ce n’est pas vraiment de faire des chiffres bénéficiaires faramineux, mais de pouvoir continuer à approvisionner régulièrement et conséquemment le marché national en produits pétroliers.

Quel est le message de la SONABHY pour rassurer les consommateurs ?

On s’est entretenu sur des sujets de préoccupations des consommateurs. Ça attire l’attention de la SONABHY sur le fait que les consommateurs attendent encore un peu plus d’elle. Nous en avons pleine conscience. Le message de la SONABHY, c’est vraiment de solliciter la compréhension des consommateurs ; de leur dire que nous regrettons cette contreperformance et que nous avons pleine conscience de la nécessité de rétablir la situation comme souhaitée par les consommateurs et de les rassurer que cela ne saurait plus prendre du temps.

Interview réalisée par Moussa Diallo
Retranscription : Minata Toé (stagiaire)
Lefaso.net

Source : http://www.lefaso.net/spip.php?article57187&rubrique3